Le confinement nous protège du Covid-19, pas du stress, bien au contraire !

Ce que nous vivons est nouveau, inédit et nous plonge dans l’inconnu et l’incertitude avec intensité. Le confinement de tous nous a obligé, en quelques jours à peine, à revoir toute notre organisation, tant professionnelle que personnelle sans que nous y soyions vraiment préparés.

Chacun d’entre nous récolte aujourd’hui  les fruits de ce qu’il a développé, semé avant le confinement…la confiance ou pas, l’autonomie ou pas, l’écoute, la conscience de ses forces et de ses espaces de vulnérabilité, la souplesse d’ajustement ou la rigidité des croyances, l’empathie ou l’indifférence, l’amour ou le désintérêt.

Avant de voir ce que nous sommes amenés à lâcher et mettre en place pour éviter l’implosion, voyons ce qui se joue dans notre corps ! Parce que le premier bouleversement est là !

Des réseaux neuronaux en surchauffe ! Les apports des neurosciences affectives

Nous nous sentons déstabilisés, perturbés et affectés émotionnellement à des degrés divers parce que ce qui est train de se vivre touche à nos mécanismes archaïques de survie qui activent nos systèmes émotionnels et motivationnels tels que décrits par Jaak Panksepp, psychologue et neuroscientifique, un des premiers à étudier les neurosciences affectives.

A ce niveau d’intensité et d’universalité, autant dire que c’est assez nouveau et que cela nous ramène au tout petit que nous avons été !

  1. Panksepp étudie le système émotionnel des mammifères. Il en conclut qu’en tant qu’êtres humains, nous possédons des systèmes neuronaux bien identifiés qui reposent sur des agents neurochimiques différents activant des émotions dites « primaires » qui assurent notre survie physique et sociale. Ces systèmes émotionnels se retrouvent chez tous les mammifères. Ils permettent aux animaux d’évaluer leur capacité à se débrouiller pour survivre. Nous sommes activés par ces systèmes émotionnels toute notre vie.

Il y a identifié 7 systèmes de survie physique et sociale : Seeking, Rage, Fear, Grief/Panic, Lust et Care.

A la lecture résumée de ces systèmes, nous pouvons constater que les systèmes Rage et Fear sont activés par la peur de ne pouvoir satisfaire nos besoins de sécurité de base (manger, respirer), par la peur, pour nous et nos familles, de tomber malade, voire de mourir. Notre désir d’explorer le monde, de continuer notre activité est fort contrarié.

Notre survie sociale est d’une certaine manière menacée également avec la perte des contacts « physiques », le besoin de liens, de prendre soin des nôtres. Des relations humaines devenues virtuelles, distancielles, loin de la chaleur affective et sensorielle qu’apporte la proximité.

Ces mécanismes bouleversent nos équilibres hormonaux et il est difficile pour certains d’entre nous de les réguler ! Un shoot de cortisol…durable. Comme tout, un petit peu de stress est bon pour la santé, pour se mettre dans l’action, trop et trop longtemps, ça dysfonctionne !

Je résume sur ce sujet ce que j’ai retenu d’une conférence animée par le docteur Philippe Rodet, ancien médecin urgentiste à la vie passionnante et aujourd’hui consultant.

Le stress libère 4 hormones dites agressives (adrénaline, noradrénaline, cortisol et acdostérone) et 2 protectrices (endorphines, ocytocines).

D’après une étude canadienne, nous sommes programmés pour supporter de petites quantités de stress par jour- 5 à 7 par semaine, soit 1 par jour !! En réalité nous en sommes à 50 par jour…et ça c’était avant le confinement !

Le stress à haute dose, sur une longue durée atteint nos fonctions immunitaires. Il freine par exemple l’absorption du calcium et joue sur la structure osseuse. L’adrénaline resserre les vaisseaux et augmente les contractions du cœur. C’est comme si l’on augmentait la pression dans un récipient plus petit et qu’on y rajoutait de l’eau. Le flux sanguin va subir des turbulences qui vont provoquer des lésions sur les petits vaisseaux sanguins. Les récepteurs de la motivation sont moins actifs. Et je passe sur d’autres méfaits sur notre santé.

Le confinement amplifie l’effondrement des facteurs de protections qui n’étaient déjà pas bien élevés dans nombre d’organisations :

–       Les facteurs sociaux avec la perte de sens, du sens de ce qui nous arrive et de notre manière d’y faire face.

–       Les liens sociaux avec le manque de solidarité entre les pays par exemple, le manque d’entraide par endroit, la distanciation sociale imposée par le confinement.

–       L’activité physique extérieure réduite et limitée.

–       L’alimentation équilibrée. Il suffit de regarder les rayons de nos magasins, vidés de féculents, de gâteaux, tant sucrés que salés pour se rendre compte que l’on est plus proche du déséquilibre que l’inverse. Or le sucre et le sel sont déjà en fortes quantités dans notre corps quand nous sommes stressés en période « normale ».

Il était dans l’air du temps d’avant le confinement, de parler de bienveillance et de bien-être au travail. Comment les maintenir quand pour nombre d’entreprises la survie économique est en jeu ?

Comment s’y prendre pour manager à distance et être managé à distance tout en gérant la maison, le conjoint, les enfants, etc…dans le même espace et la dilution des frontières travail/ vie personnelle ?

Comment diminuer notre stress, chasser nos pensées de peur que nous projetons sur les autres et sur le futur ?

Lapalissade : diminuer nos récepteurs de stress, pour soi ET pour son équipe ! …pour son équipe tout simplement parce que les « responsables sont plus contagieux émotionnellement que les autres » (P.Rodet)

Cela revient à cultiver les émotions positives car gardez bien en tête que les émotions négatives, qui servent à assurer notre survie, sont plus puissantes que les émotions positives. C’est ainsi depuis 150 millions d’années, grâce à la partie reptilienne de notre cerveau !

Quand nous ressentons davantage d’émotions positives que négatives, nous sécrétons plus d’ocytocine : le niveau de cortisol baisse. Elle a pour effet de favoriser la générosité, la cohésion de l’équipe, la confiance, la créativité, la capacité à penser la complexité.

Quand nous ressentons davantage d’émotions positives que négativesnous sécrétons également plus d’endorphines. Le niveau de dopamine augmente, le niveau de cortisol diminue, la motivation et le plaisir augmentent.

Pour conclure cette première partie, je dirais qu’en zone de turbulences, il est nécessaire de comprendre et connaître l’état de notre moteur dans ses 3 dimensions sensorielles, affectives et mentales. Tout ceci est une affaire complexe de « câblage neuronal », de chimie et d’attitude !

Nous avons la possibilité de changer notre regard sur la situation, d’orienter nos pensées différemment, de mettre en place des comportements qui vont influencer la sécrétion des hormones protectrices. Cela demande un certain effort au début.

Nous verrons dans le prochain article les « gestes barrières » pour se protéger des effets du stress !

 

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